D'où viennent les numéros de maillot, à quel poste correspond chaque numéro, et pourquoi le 6 ne désigne pas le même joueur en Angleterre et en Espagne.

Les numéros de maillot ne viennent pas des postes d'aujourd'hui : ils viennent du 2-3-5, le système dominant au début du XXᵉ siècle. Les joueurs y étaient numérotés ligne par ligne, de l'arrière vers l'avant. Le 1 au gardien, le 2 et le 3 aux deux arrières, le 4, le 5 et le 6 aux trois demis, puis le 7 au 11 aux cinq avants. Ce système a disparu, la numérotation est restée.

Les premiers maillots numérotés apparaissent en Angleterre à la fin des années 1920, pour permettre au public et à la presse d'identifier les joueurs. La logique est purement géographique : on numérote les positions sur le terrain, pas les joueurs.
Dans le 2-3-5, cela donne une grille lisible d'un coup d'œil. Le 9 est au centre de l'attaque, le 7 et le 11 sur les ailes, le 10 et le 8 entre les deux. Le 5 est au milieu de la ligne des demis, le 2 et le 3 derrière.
Quand les systèmes ont évolué — le WM, puis le 4-2-4, puis le 4-4-2 et le 4-3-3 — les joueurs ont changé de zone mais gardé leur numéro. C'est là que le lien entre numéro et poste s'est brouillé, et il ne s'est jamais reconstitué.
Voici la convention telle qu'elle survit aujourd'hui, avec les nuances qui comptent :
Pour situer chacun de ces numéros dans le jeu réel, notre guide des postes au football détaille les tâches de chaque rôle ligne par ligne.
C'est le cas le plus révélateur, et il embrouille régulièrement les discussions entre supporters de championnats différents.
Dans le 2-3-5, le 6 était le demi gauche. Quand l'Angleterre est passée au WM puis à la défense à quatre, ce demi gauche a reculé d'un cran et s'est retrouvé défenseur central. L'usage anglais a suivi le joueur : le 6 y reste associé au central gauche.
Dans les traditions espagnole, italienne et allemande, la lecture a suivi la ligne plutôt que le joueur : le 6 est resté au milieu, et désigne aujourd'hui la sentinelle. Le même raisonnement explique pourquoi un 5 espagnol est souvent un milieu défensif alors qu'un 5 anglais est un défenseur.
Il n'y a pas de version correcte. Ce sont deux façons cohérentes d'avoir fait dériver la même grille de départ.
Le 10 est le seul numéro qui porte une promesse. Pelé, Maradona, Platini, Zidane, Messi : la succession a transformé un repère de position en attribut de statut. Dans beaucoup de clubs, attribuer le 10 est devenu une déclaration.
Le 7 s'est chargé d'une valeur comparable, en particulier à Manchester United, où la lignée Best, Cantona, Beckham puis Ronaldo a fait du numéro un héritage plutôt qu'une place sur le terrain.
Le 9 désigne moins une position qu'une fonction : celui qui doit marquer. C'est le seul numéro dont l'usage courant est devenu un nom commun — on parle d'un « bon numéro 9 », ou d'un faux 9.
Tant que les équipes ne comptaient que onze joueurs numérotés, la grille tenait. L'arrivée des remplaçants, puis des effectifs larges, a imposé d'aller plus loin.
À partir des années 1990, les grands championnats européens ont généralisé l'attribution d'un numéro fixe à chaque joueur pour toute la saison, dans une plage bien plus large qu'auparavant. Un joueur garde alors son numéro qu'il soit titulaire ou remplaçant, ce qui a définitivement coupé le lien entre le numéro et la position occupée sur le terrain.
En sélection, les compétitions internationales conservent souvent une logique plus proche de l'origine, avec une numérotation attribuée à l'ensemble du groupe avant le tournoi.
La convention est : 1 gardien, 2 et 3 latéraux, 4 et 5 défenseurs centraux, 6 sentinelle, 8 relayeur, 10 meneur, 7 et 11 ailiers, 9 avant-centre. Elle vaut comme repère et non comme règle, car les usages varient selon les pays.
Parce que la numérotation du 2-3-5 partait de l'arrière du terrain. Le gardien étant le joueur le plus reculé, il a reçu le premier numéro.
Le 2 à droite et le 3 à gauche, héritage des numéros d'arrière. Les numéros de milieu apparaissent aussi, puisque le poste est souvent classé au milieu sur les feuilles de match.
Les deux, selon la culture footballistique. Milieu défensif dans l'usage espagnol, italien et allemand ; défenseur central gauche dans la tradition anglaise.
En club, oui dans les limites fixées par le règlement de la compétition et sous réserve que le numéro soit libre dans l'effectif. En sélection, l'attribution relève généralement du staff.
Quelques clubs retirent un numéro en hommage à un joueur, de sorte que personne ne le porte plus. La pratique reste rare dans le football européen, davantage répandue dans le sport nord-américain.